C'est l'homme qui a rendu sa "fierté" aux Juifs séfarades longtemps méprisés par l'élite ashkénaze israélienne. Les superlatifs ne manquent pas pour décrire le rav Ovadia Yossef. Personnalité adulée et détestée, le leader spirituel du parti ultra-orthodoxe séfarade, Shas, à la mémoire phénoménale, est l'une des voix les plus écoutée en matière de Halakha (loi juive).
Le rav Ovadia Yossef.
Photo: Ariel Jerozolimski , JPost
Génie de la Torah
Né à Bagdad en 1920, rien ne prédestinait Ovadia Yossef à une carrière rabbinique aussi impressionnante en Israël : séfarade, aucune lignée prestigieuse et issu d'un milieu très modeste sur les berges du Tigre. La famille immigre en Terre promise en 1923.
Le clan composé de huit enfants rejoint Jérusalem où le père, Rabbi Jacob, ouvre une épicerie "Beit Israël". Très jeune, Ovadia se distingue par ses connaissances dans le domaine de la Torah. A 12 ans, il est admis à la yeshiva, Porat Yossef, seul établissement séfarade de la Palestine ottomane.
Le jeune élève impressionne. Doté d'une mémoire photographique inégalée, il retient chaque commentaire rabbinique à la perfection. Tout son temps libre est consacré à la Torah. Etudiant modeste, il passe ses journées dans les librairies religieuses de Jérusalem, dévorant les ouvrages qu'il n'a pas les moyens de s'offrir. Ovadia préfère le terrain de l'étude, ses frères celui du combat contre les Anglais.
L'un d'entre eux participe, en juillet 1946, à l'attentat contre l'hôtel King David devenu le quartier général des forces britanniques. Possédant un don unique, l'élève saute les étapes : il publie son premier ouvrage à l'âge de 18 ans, puis est nommé rabbin à peine deux ans plus tard. A 25 ans, il siège déjà au Beth Din (tribunal rabbinique) séfarade de Jérusalem. Un poste habituellement hors de portée pour un rabbin aussi jeune.
Entre 1947 et 1950, Ovadia Yossef franchit les frontières du jeune Etat hébreu balbutiant pour présider le tribunal rabbinique du Caire. Il est alors l'adjoint du grand rabbin d'Egypte. Dans un contexte politique extrêmement tendu, il fait la preuve de sa posture de leader. Il tient tête au gouvernement du Caire, refuse de faire des déclarations contre Israël et continue, malgré les menaces, à prêcher en hébreu. Son destin atteint alors les sommets. Le modeste rabbin originaire de Bagdad est nommé grand rabbin de Tel-Aviv en 1968.
En 1973, il devient Rishon Letsion, titre porté par les grands rabbins séfarades en Palestine ottomane, puis en Israël. Il le reste jusqu'en 1983 car la loi limite cette fonction à deux mandats.
Gélatine casher, lave-vaisselle unique...
Ses décisions détonent
Au-delà des titres, Ovadia Yossef est considéré comme le "possek" séfarade (le décisionnaire en loi juive) le plus écouté de sa génération. Dans le monde juif oriental, il jouit du même prestige que le grand rabbin Schach dans les milieux ashkénazes. Mais il marque un profond sillage.
Ses jugements sur la pratique religieuse apparaissent comme moins stricts que ceux de l'école lituanienne. Il est celui qui crée la controverse en affirmant que la gélatine est casher, y compris celle qui provient du porc.
Il autorise, par ailleurs, sous certaines conditions, l'utilisation d'un seul lave-vaisselle pour les couverts destinés au lait et à la viande. Il est l'une des rares voix à encourager les fêtes de bat-mitzva pour les jeunes-filles, un événement qui se célèbre généralement en privé dans les milieux haredim.
A travers ses décisions, Ovadia Yossef cherche à se démarquer d'une tutelle ashkénaze longtemps considérée comme oppressante par les Juifs orientaux. Prise de position révélatrice : la voix séfarade s'oppose farouchement au port de la perruque pour les femmes mariées, une pratique importée d'Europe, et préconise l'utilisation du foulard.
Lumière pour les grandes et petites questions du judaïsme, Ovadia Yossef est l'auteur de dizaines de livres dont une collection d'ouvrages Yabia Omer, témoins indélébiles de ses connaissances astronomiques. En 1970, il remporte le Prix d'Israël dans le domaine de la littérature religieuse juive. Ses leçons hebdomadaires, organisées à la synagogue Yazdim à Jérusalem, sont suivies par satellite à travers tout le pays.
Les Arabes, des "serpents vénéneux"
Certaines de ses prises de positions ont profondément influencé la vie politique israélienne : "Je suis arrivé à la conclusion que les Falashas sont des descendants d'une tribu d'Israël... et j'ai décidé qu'à mon avis les Falashas sont juifs", déclare-t-il en 1973.
Autorité spirituelle de premier plan, il confirme la judéité des Juifs d'Ethiopie et amorce ainsi les célèbres opérations de sauvetage des années 1980. L'ancien grand rabbin d'Israël apparaît également comme une voix discordante concernant les territoires conquis par Israël en 1967 : " Il est permis de céder une partie d'Eretz Israël à des non-Juifs si cela doit éviter des guerres et sauver des vies."
Une position violemment combattue par les rabbins du Parti national religieux. Ces déclarations restent pourtant dans l'ombre des provocations du leader séfarade. Il déclenche régulièrement des tempêtes médiatiques. Même les sujets les plus sensibles sont attaqués. Les victimes de la Shoah ont été massacrées parce qu'elles étaient des "réincarnations d'âmes pécheresses".
En novembre dernier, Ovadia Yossef s'en prend aux enseignants des établissements laïcs qu'il qualifie d'"ânes". Cible régulière de ses attaques : les femmes et les Arabes. "Une femme sans enfant ne vaut rien... De temps en temps, dans la galerie des femmes, tu les entends qui papotent. De quoi ? Celle-ci dit à son amie : comme ta robe est belle !... C'est là toute leur intelligence." Durant ses discours, le leader spirituel du Shas crache souvent sa haine contre les Arabes comparés à des "serpents" nuisibles et "venimeux".
En 2001, lors du prêche de Pessah, Ovadia Yossef dérape à nouveau : "Il faut anéantir les Arabes. Il ne faut pas avoir pitié d'eux, il faut leur tirer dessus avec des super missiles, les anéantir, ces méchants, ces maudits." Des déclarations haineuses qui provoquent la consternation internationale.