25.11.09
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Les dessous d'un procès-fleuve

Par HÉLÈNE JAFFIOL ET AP
03.11.09
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Verdicts sévères dans l'affaire des ventes d'armes à l'Angola. L'Israélien Arcady Gaydamak écope de six ans de prison ferme. Et reste muet depuis sa condamnation.

Arkadi Gaydamak.
Photo: Ariel Jerozolimski , JPost

Sale temps pour l'Etat français. Après le cyclone Clearstream, l'épilogue du procès fleuve de l'Angolagate rouvre les sombres tiroirs de la République.

Le 27 octobre, la 11e chambre correctionnelle de Paris rend son verdict. Pendant 4 mois d'audience, le vaste trafic d'armes vers l'Angola a été examiné à la loupe. Et les peines sont sévères : six ans d'emprisonnement pour les deux artisans de ce commerce, Arcadi Gaydamak et Pierre Falcone. Reconnu coupable de trafic d'influence, l'ancien ministre de l'Intérieur Charles Pasqua écope de trois ans de prison, dont deux avec sursis. Son lieutenant, l'ancien préfet du Var Jean-Charles Marchiani sort du tribunal avec 15 mois de prison ferme.

Ainsi nommée par Le Monde, en référence au Watergate américain qui avait fait tomber le président Richard Nixon, l'affaire du trafic d'armes vers l'Angola a occupé les arcanes de la justice pendant neuf ans.

Le jugement lu à l'audience est sans concession : "Rarement on avait atteint un tel niveau de dissimulation pour une forme de délinquance générant des profits considérables". Les juges ont divisé les 42 prévenus en deux groupes : les artisans directs du trafic d'armes, soit le duo Falcone-Gaydamak, et les "obligés", les personnalités qui ont bénéficié de leurs largesses en échange de services bien calibrés, soit Pasqua Marchiani ou encore l'ancien écrivain à succès Paul-Loup Sulitzer, le fils de l'ancien président Mitterrand, le député Georges Fenech...

Trafic légal ou illégal ?

Mais quelles sont les données de ce dossier aux multiples ramifications ? Dans les années 1990, l'Angola, réserve minière et pétrolière, est en proie à une guerre civile. L'actuel président Jose Eduardo Dos Santos cherche à se procurer des armes pour venir à bout des rebelles de l'Unita.

Officiellement, la France refuse d'aider l'Angola sous le coup d'un embargo sur les armes décrété par l'ONU. C'est alors que le duo Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak entre en jeu et s'associent pour dénicher l'arsenal nécessaire à Luanda. Une cagnotte de quelque 790 millions de dollars : 420 chars, 170 000 mines anti-personnelles, 12 hélicoptères...

Les deux hommes d'affaires ne contestent pas la réalité de ce commerce d'armes en provenance des réserves de l'ancienne URSS. Mais leur ligne de défense est simple : les ventes n'ont rien d'illégal puisqu'elles ont été effectuées depuis leur société slovaque ZTS Osos. Russie, Slovaquie puis Angola... Ce fructueux commerce, mené entre 1993 et 1998, ne concernerait donc pas Paris : aucune arme n'a transité par l'Hexagone.

Mais au cours de son instruction, le juge Courroye a une toute autre interprétation : la société du duo Falcone/Gaydamak n'était en réalité qu'un écran de fumée pour masquer des opérations menées depuis la capitale française. En outre, Falcone et Gaydamak ont reçu un soutien inattendu quelques semaines avant le procès... une lettre du ministre de la Défense Hervé Morin qui confirme la thèse de la défense en affirmant "l'absence de délit". Un courrier réfuté sèchement par le tribunal lors de son verdict.

Silence et déballage

Absent du tribunal le 27 octobre, l'homme d'affaires aux multiples nationalités, Arcady Gaydamak, séjournerait en Russie depuis novembre 2008, après son échec électoral à la mairie de Jérusalem. Ses ennuis judiciaires ne se limitent pas à la France. Le propriétaire du Beitar Jerusalem est aussi impliqué dans une affaire de blanchiment d'argent en Israël. Tout comme Pasqua et Falcone, Gaydamak a fait appel. Mais à une différence près. Depuis sa condamnation, il est resté silencieux. Ce n'est pas le cas de l'ancien ministre de l'Intérieur français, qui opère un grand déballage médiatique.

Condamné à un an de prison ferme, l'ancien président du Conseil général des Hauts-de-Seine est accusé d'avoir reçu des centaines de milliers de dollars en échange d'un lobbying intense en faveur des intérêts angolais. Absent lui aussi de la salle d'audience lors du verdict, il a opté pour une ligne de défense simple : l'attaque. Charles Pasqua ne veut pas porter le chapeau tout seul. Sur les plateaux de France 2, Canal+, puis dans les colonnes du Figaro, il a livré la liste de ceux qui "savaient " tout sur le trafic d'armes vers l'Angola, soit "François Mitterrand, Jacques Chirac... Plus les deux Premiers ministres concernés que sont Edouard Balladur et Alain Juppé.

"Le 'terrible M. Pasqua', comme aimait l'appeler François Mitterrand, a aussi appelé à la levée du secret-défense, dont bénéficient de nombreux sujets sensibles de la République. Une décision qui "fera trembler un certain nombre de personnages" au sommet de l'Etat et qui permettra de confirmer que "Gaydamak était un agent de la DST". En ce début d'automne, les arcanes du pouvoir sont à nouveau secoués par des dossiers qu'ils auraient préféré laisser dans les tiroirs. Une véritable loi des séries : Clearstream, Angolagate, Chirac renvoyé en correctionnelle pour le dossier des emplois fictifs...

Les dessous de la "France-Afrique "

Dans ce tourbillon politico-judiciaire, Arcady Gaydamak a toujours répété se trouver au centre d'une "machination " qui le dépasse et qui s'est joué au sommet de l'Etat français entre les deux adversaires d'hier, Jacques Chirac et Charles Pasqua. Mais au-delà des luttes de pouvoir, l'Angolagate illustre les sombres ressorts de la "France-Afrique", une époque de double-jeu pour concerner son influence dans son ancien pré-carré colonial.

D'un côté le discours officiel : la France, patrie des droits de l'Homme, ne vend jamais d'armes à un pays en proie à la guerre civile. Tout ce qui s'éloigne de cette ligne officielle n'est rien d'autre que de la diplomatie parallèle. De l'autre le discours officieux : les livraisons d'armes auraient permis de se garantir les bonnes grâces de l'Angola et un accès à ses ressources naturelles. Le verdict de l'Angolagate fait un autre perdant : la diplomatie de l'hexagone. Depuis le printemps 2008, Paris tente de renouer avec Luanda. Mais les condamnations de Falcone et Gaydamak, les "amis" du président Dos Santos, pourraient couper la route du pétrole.

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