Si, pour paraphraser Carl von Clausewitz, la diplomatie est une guerre déguisée, alors, de la même façon que les armées sont appelées à réunir efforts et ressources pour le bien de leur cause, les gouvernements devraient eux aussi user de leurs moyens diplomatiques pour faire prévaloir leurs intérêts nationaux. Les Palestiniens et les Iraniens disposent de ressources diplomatiques formidables : tous deux peuvent se prévaloir d'un soutien automatique à l'ONU, quoi qu'ils fassent.
Dans le cas palestinien, le mot d'ordre à l'ONU est de délégitimer Israël. Dans le cas iranien, il consiste à s'octroyer l'acquisition de l'arme nucléaire.
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad (gauche) sert la main de Ban Ki-moon, Secrétaire général de l'ONU.
Photo: Bloomberg , JPost
Ces derniers jours ont prouvé combien Palestiniens et Iraniens jouissaient de victoires stratégiques lors de leurs campagnes diplomatiques. Vendredi 16 octobre, le Conseil des droits de l'Homme a voté une résolution condamnant Israël pour avoir affirmé sa souveraineté sur sa capitale et défendu ses citoyens contre un terrorisme cruel, violent et illégal, généré par le Hamas dans la bande de Gaza. Une résolution qui a représenté un succès significatif pour les Palestiniens. Elle implique que l'Etat d'Israël soit poursuivi devant le Conseil de sécurité et que certains officiels du pays soient jugés comme des criminels de guerre devant les Cours internationales.
En niant son droit à défendre ses citoyens d'une agression menée par une organisation terroriste, le Conseil des droits de l'Homme a ainsi délégitimé le droit d'Israël à exister.
Puis, mercredi 21 octobre, Mohammed El-Baradei, le président anti-israélien de l'AIEA, annonçait qu'un accord avait été conclu entre l'Iran, les Etats-Unis, la Russie et la France en ce qui concerne le programme nucléaire de la République islamique. Un accord qui légitimait le programme nucléaire iranien et transformait les Etats-Unis, l'Union européenne et la Russie en facilitateurs plutôt qu'en opposants au programme. Car selon des rapports émanant de cet accord : les Etats-Unis auraient accepté d'envoyer du personnel américain en Iran pour améliorer l'état d'un réacteur à Téhéran, fourni au Shah dans les années 1960. Et la Russie, accepté d'augmenter le taux d'uranium enrichi de 3,5 % à 19,75 %. Quant à la France, elle permettra de transformer l'uranium hautement enrichi en fioul nucléaire métallique.
L'accord signé ce mercredi met donc de côté le franchissement des limites dressées par le Traité de non-prolifération nucléaire et blanchit l'Iran.
De leur côté, les Iraniens n'ont pas perdu un instant avant de pousser les négociations diplomatiques un cran plus loin : les Américains, les Français et les Russes leur offrant plus qu'ils ne l'auraient jamais imaginé (notamment la présence de personnel américain servant de bouclier humain en cas d'attaque aérienne israélienne sur les installations iraniennes).
Jusqu'à ce 21 octobre, Israël s'était abstenu d'attaquer publiquement la décision américaine de chercher des compromis avec l'Iran. Cela est logique. L'Etat juif n'avait aucun intérêt à préjuger de l'issue d'une négociation sur laquelle l'administration Obama fonde son prestige. Mais maintenant que l'administration a accepté cet accord qui transforme effectivement l'Amérique en facilitateur nucléaire, le temps est venu pour Israël d'émettre ses objections.
Présumé coupable par l'ONU
Contrairement aux Palestiniens et aux Iraniens, Israël n'a pas connu de grands succès diplomatiques. Au contraire : l'Etat hébreu peut s'attendre à une condamnation de l'ONU, quoi qu'il fasse. L'Union européenne et les valises anti-Juifs que traînent ses Etats-nations, sa minorité musulmane radicalisée et sa dépendance au pétrole arabe, ne jouent pas en faveur d'Israël. Les ONG occidentales sont largement financées par des gouvernements anti-israéliens et des philantropes de gauche qui usent de leurs ressources à son encontre. Sous l'administration Obama, les Etats-Unis poursuivent une course diplomatique qui les place en tête de ce camp anti-israélien.
Dans le climat actuel, les ressources diplomatiques d'Israël sont donc limitées par l'opinion populaire américaine, et les intérêts partagés avec certains gouvernements à travers le monde. A la lumière des efforts diplomatiques israéliens, le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman - qui a parcouru le monde pour promouvoir les relations bilatérales avec l'Amérique du Sud, l'Afrique, l'Asie, l'Europe centrale - devrait être félicité pour sa bonne volonté.
Sur le front diplomatique, le Premier ministre Netanyahou, ses ministres et ses Affaires étrangères devraient faire tout ce qui est en leur pouvoir pour discréditer le récent accord qui vient d'être signé avec l'Iran. Ils devraient mettre en lumière les dangers qu'il occasionne et exhorter à l'arrêt de toutes relations avant que cette catastrophe diplomatique n'ait de plus graves répercussions. Une telle campagne n'enraillerait pas les discussions actuelles, mais, si elle réussissait, permettrait à cette résolution de ne pas porter atteinte à la légitimité d'une potentielle attaque israélienne en Iran.
Il en va de même pour le risible rapport Goldstone. Cette semaine, le gouvernement a commencé à débattre de la possibilité de former une commission d'enquête nationale sur l'opération "Plomb durci". Le juge Goldstone avait enjoint Israël à former une telle commission, déclarant qu'elle permettrait au personnel de Tsahal de ne pas être poursuivi devant la Cour pénale internationale.
Ce serait une erreur à plus d'un titre. Tout d'abord, Goldstone n'est pas en position de négocier. Puisque son rapport a été soumis, la prouesse autoritaire du juge appartient au passé. Au-delà de cela, quelle que soit la conclusion d'une enquête qu'Israël mènerait, la communauté internationale la percevrait comme la reconnaissance de la culpabilité de l'Etat hébreu. Et même si la commission d'enquête concluait que l'armée a conduit ses opérations dans le plus strict respect du droit international, ses conclusions seraient réduites à néant, blanchies à la chaux.