Créer un Etat palestinien viable aux côtés d'Israël est loin d'être un projet caduc. Malgré les efforts répétés et infructueux de l'envoyé américain George Mitchell pour relancer les négociations, la satisfaction au sein des cercles du gouvernement Netanyahou et le découragement du camp de la paix n'ont pas lieu d'être.
Salaam Fayad.
Photo: AP , JPost
Les sceptiques des deux camps n'ont apparemment pas bien lu le programme du 13e gouvernement de l'Autorité nationale palestinienne, publié en août de cette année (communément appelé le Plan de paix Fayyad). Ou du moins, ils n'en ont pas mesuré la portée. "Palestine : Mettre fin à l'occupation, instituer un Etat" est un document audacieux et détaillé qui vise à établir des "institutions étatives solides" pour "créer de facto un Etat dans les deux prochaines années".
Sa mission : endiguer la lutte armée et les profondes frustrations résultant de l'échec des négociations. Le plan établit ainsi des critères de référence clairs et des étapes spécifiques vers la construction d'un Etat palestinien souverain capable d'assurer la liberté, la sécurité et le bien-être de ses citoyens. Comme tel, il se présente comme un projet ambitieux qui modifie sensiblement les règles du jeu des relations israélo-palestiniennes.
Non-violence et Etat responsable
Condition première du plan Fayyad : les Palestiniens doivent décider de leur destin et façonner les contours de leur système social, économique, juridique, politique et institutionnel, tout comme d'autres peuples sous occupation étrangère l'ont fait par le passé. Le plan diffère des autres car il fixe des objectifs réalisables et procure des outils concrets pour effectuer des changements sur le terrain. Les pessimistes considèrent le "Fayyadisme" avec dédain, mais il reste que l'émancipation des Palestiniens devient plus que nécessaire. En parallèle, le plan remet en question l'idée que seul Israël détient le contrôle suprême et rééquilibre ainsi l'asymétrie qui caractérise les tentatives passées de résolution du conflit. En conséquence, il peut préparer le terrain à des négociations futures.
Les changements stratégiques contenus dans le plan Fayyad ne doivent pas être sous-estimés. En premier lieu, rédigé dans des termes lucides et concis, affûtés pour des oreilles libérales, il offre une occasion unique pour les Palestiniens de voir se concrétiser la création d'un Etat indépendant, démocratique, basé sur une économie de marché et des principes de justice sociale.
Deuxième point : il fixe un calendrier précis pour instaurer les fondements institutionnels d'un gouvernement viable. Par ailleurs, il invite à une participation régionale et internationale dans le projet de création d'un Etat (qui a déjà abouti à un soutien substantiel de Washington et de capitales européennes et arabes). Enfin, chaque étape présente des méthodes résolument non violentes. Le projet encourage substantiellement un accord israélo-palestinien en s'engageant à définir les fondements d'un Etat palestinien dans un avenir proche.
Côté Jérusalem, le plan Fayyad n'a pas provoqué l'enthousiasme. Les réactions israéliennes ont fluctué entre indifférence, incrédulité et rejet pur et simple. La plupart des Israéliens ignorent tout simplement l'existence d'un nouveau programme palestinien. Une réaction semblable à celle concernant l'Initiative de paix, promulguée il y a quelques années. La presse israélienne a été particulièrement parcimonieuse - si ce n'est totalement négligeante - dans son rapport détaillé des 38 pages du document et en ouvrant le débat sur son contenu. La plupart des soi-disant "experts" se sont embourbés dans des explications techniques en négligeant ses ramifications. La majorité des dirigeants ont redoublé de zèle pour le remettre en question et railler ses propositions.
Les réserves portent, de manière prévisible, sur les visées du plan Fayyad : "L'objectif suprême de la cause de libération nationale... est de mettre fin à l'occupation, établir un Etat souverain et indépendant dans les frontières de 1967 avec Jérusalem comme capitale, et parvenir à une solution juste et consensuelle pour les réfugiés palestiniens..."
Les adversaires du scénario de deux Etats n'ont jamais accepté une telle formulation dans le passé et n'ont nulle intention de le faire aujourd'hui. Ceux qui soutiennent à contrecœur un Etat palestinien faible et insignifiant se délectent à chicaner sur les détails du plan. Néanmoins, la plupart des hésitations concernent, à tort, le soutien prétendument unilatéral du Premier ministre palestinien. Les hommes politiques israéliens ont ainsi accusé les artisans du plan Fayyad d'élaborer un programme unilatéral, qui entre en contradiction avec une série d'accords déjà signés.
Ces critiques sont au mieux hypocrites. Au pire fâcheusement trompeuses. Outre le fait qu'elles ignorent complètement le désengagement israélien de Gaza - un acte unilatéral s'il en est - elles esquivent délibérément l'essence de la proposition palestinienne : la sécurisation des institutions étatives comme base d'un accord négocié.
Ainsi, le plan Fayyad pourrait mobiliser l'ensemble des factions palestiniennes (y compris le Hamas, qui a été inhabituellement peu prolixe sur le sujet) et les pousser à poser les éléments fondateurs d'une société, d'une économie et d'une vie politique stables et dynamiques. Mais une telle réussite est justement ce qui fait peur aux détracteurs de Fayyad.
La fin des désillusions ?
Une telle probabilité sonnerait le glas des quatre piliers de la pensée israélienne à l'origine du blocage.
1. Le plan va à l'encontre de l'hypothèse répandue selon laquelle Israël détient le contrôle du conflit et dicte la manière et les termes de sa résolution. Ce n'est plus le cas.
2. Il réfute totalement l'affirmation stérile (si ce n'est infondée) des derniers gouvernements israéliens selon laquelle il n'y a pas de digne interlocuteur côté palestinien. Au contraire, le plan Fayyad répond directement à cette préoccupation. "Nous sommes un partenaire de paix", avance-t-il. "Comme tous les autres peuples de la terre, nous aspirons à vivre dans la paix et la prospérité et à apporter la stabilité dans la région."