Le duo historique du tennis israélien a écrit les plus belles pages du sport. Gros plan sur deux joueurs qui font la paire, pour le meilleur et pour le pire.
Andy Ram-Yoni Erlich : les deux doigts de la main
Photo: Manu Fernandez/AP , JPost
"Avec Yoni Erlich nous sommes comme deux frères, une seule famille. Gagner à ses côtés est un bonheur immense." Andy Ram est au bord des larmes. Le duo de toujours vient de créer la surprise en finale de l'Open d'Australie 2008, l'un des quatre tournois majeurs du circuit (1). Solides au service, intraitables au filet, le tandem a mis en déroute ses adversaires du jour. Les favoris français Mickael Llodra et Arnaud Clément ne peuvent que constater les dégâts, dépassés par la vivacité israélienne.
Au bout de la nuit et du suspense, la partie s'achève sur un mémorable 7-6, 7-5. Leur 12e titre ensemble (2), le premier en Grand Chelem pour un double 100 % israélien.
Les quinze jours de tournoi ont changé le statut des deux hommes. Ils sont désormais champions aux yeux du monde, craints sur les courts et fêtés en héros dans les chaumières israéliennes. Le rêve de toute une nation est ainsi devenu réalité. Pour leur retour au pays, les deux tennismen sont accueillis en grande pompe par le ministre des Sports Ghaleb Majadle et les dirigeants de la Fédération israélienne de Tennis à l'aéroport Ben Gourion. "L'enthousiasme est ici plus grand qu'après la balle de match. Vous jouez au tennis toute votre vie pour ce genre de moments", déclarait avec émotion Yoni Elrich.
"J'ai déjà gagné deux Grand Chelem en double mixte, mais c'est bien loin de ce que l'on a fait en Australie", soulignait quant à lui son coéquipier. Ram avait en effet remporté Wimbledon en 2006 avec la Russe Vera Zvonareva et Roland Garros en 2007 avec la Française Nathalie Dechy.
L'association entre Erlich et Ram ne date pas d'hier. Les deux sportifs se sont connus à l'Institut Wingate, le centre de formation sportif du pays. Ils disputent ensemble un premier tournoi au Queen's Club en juin 2001 avant de devenir véritablement équipiers en 2003. Les compatriotes connaissent le succès immédiatement en atteignant les demi-finales de Wimbledon l'année suivante. Dans le sport de haut niveau, le plus facile n'est pas d'éclore mais de durer. Un dicton bien connu que la paire israélienne s'efforce de mettre en pratique. A l'instar des frères Bryan, Andy et Yoni font figure d'exemple. Ils n'ont plus quitté le top 10 du classement mondial depuis 2005.
Une aventure sportive et humaine hors normes
Johnatan Dario Erlich, plus connu sous le nom de "Yoni" Erlich, est né en 1977 à Buenos Aires, en Argentine. Ses parents déménagent dans le nord d'Israël, à Haïfa, alors qu'il n'a qu'un an. Il commence à jouer au tennis à trois ans et dispute son premier tournoi quatre ans plus tard.
Supporter inconditionnel du Maccabi Haïfa, Erlich hésite longtemps entre football et tennis. Mais sa passion pour la petite balle jaune va finalement l'emporter , en partie grâce à l'admiration qu'il porte à deux monuments de la terre battue, Stefan Edberg et Boris Becker. Finesse et toucher pour le premier, puissance et percussion pour le second. Sources d'inspiration intarissables pour le jeune Yoni. Ce dernier devient professionnel en 1996, à 19 ans. Il enchaîne alors les bons résultats, en équipe avec Ram, son cadet. Le pendant parfait.
Mais le sort le rattrape. De septembre 2008 à mai 2009, Erlich se remet d'une intervention chirurgicale au coude droit, tandis que Ram joue en double avec d'autres partenaires. Les deux Tel-Aviviens se retrouveront à la fin de la convalescence d'Erlich, pour le tournoi de l'ATP Challenger Series.
Comme son compatriote, Andy Ram est né en Amérique latine. Il voit le jour en 1980 dans la capitale uruguayenne Montevideo. A l'âge de huit ans, sa famille s'installe à Israël. Ram se révèle, son talent explose. Dans les années 1990, il est l'un des meilleurs joueurs juniors du monde. En 1994, il atteint les demi-finales du prestigieux tournoi des Petits As, l'événement annuel des meilleurs de la catégorie 12-14 ans. Il se retrouve alors en concurrence avec Marat Safin, Juan Carlos Ferrero et Fernando Gonzalez. De futures références mondiales.
En 1998, Andy termine sa carrière junior dans le top 10 du classement ITF Juniors (Fédération internationale de Tennis) et déboule immédiatement sur le circuit professionnel. Sa progression est fulgurante mais une série de blessures stoppe net son élan. 2002, l'année maudite. Ses chances de devenir un joueur de haut de tableau en simple sont réduites à néant. Ram parvient pourtant à trouver un équilibre grâce au double. Une résurrection. Il s'associe alors à Yoni Erlich. Le début d'une aventure sportive et humaine hors normes. A vingt-neuf ans, Andy Ram est considéré comme l'un des meilleurs joueurs de double sur le Tour.
Une première dans l'histoire
Personne ne pariait sur Israël en Coupe Davis cette année. Les tennismen bleu et blanc relégués à la 8e place du classement mondial, les craintes semblaient fondées. Mais avec Yoni Erlich et Andy Ram pour fer de lance, l'équipe israélienne se savait capable de tout. Après un premier tour habilement négocié contre la Suède, les choses sérieuses ont commencé. Prochain adversaire pour une place en demi-finale : la Russie. En tête pour la Coupe, le lauréat de l'épreuve en 2002 et 2006 faisait figure d'épouvantail.
Les courts du stade Nokia de Tel-Aviv allaient pourtant être le théâtre d'exploits inattendus. Le quatuor Yoni Erlich, Andy Ram, Doudi Sela et Harel Lévy contre Igor Andreev, Igor Kunitsyn, Mikhail Youzhny et l'incontournable Marat Safin. "Avec tout mon respect, Israël a été chanceux d'arriver au quart de finale", avait indiqué à la presse l'ancien numéro 1 mondial et idole de toute une génération. Un véritable affront. Seule réponse possible : battre l'équipe russe, coûte que coûte.
Dans le match d'ouverture, Lévy donnait le ton en surclassant le meilleur joueur de l'équipe adverse classé 24e, Andreev. Sela poursuivait sur cette lancée en battant Youzhny. "C'est comme si j'avais deux F-16 en compétition aujourd'hui. Ils ont incroyablement bien joué", savourait le capitaine israélien Eyal Ran.